|
" Pour l'Europe, les exigences
des socialistes "
qui a été adopté au Conseil national du 10 Octobre 2003
L’Europe a toujours été au cœur de notre idéal, elle est
partie intégrante de notre identité de socialistes. Avec la
paix sur le continent, avec les progrès de l’intégration
économique, avec la réunification permise par
l’élargissement, elle a réalisé la première partie du projet
de ses «fondateurs » après la deuxième guerre mondiale.
Nous devons aujourd’hui porter une nouvelle espérance
européenne, car l’Europe est à un moment essentiel de son
destin.
Le 4 octobre va s’ouvrir la Conférence Inter
Gouvernementale (CIG) destinée à finaliser le projet
élaboré par la Convention européenne. Il importe donc que
les socialistes fixent leurs exigences pour la réussite
de la Constitution européenne.
Trop souvent, l’Europe déçoit ses citoyens par
l’insuffisance de ses politiques économiques et sociales,
par la mise en cause des services publics, par l’absence
d’une politique étrangère commune. Nous voulons une
Europe forte, différente, volontaire. Nous voulons une
Europe plus démocratique, capable d’agir pour la croissance
et l’emploi, de garantir les droits sociaux, de peser dans
le monde face à l’unilatéralisme des États-Unis, en
défendant ses valeurs de dignité, de liberté, d’égalité, de
solidarité, de citoyenneté, de justice. Nous souhaitons une
Europe qui permette la formation d’un groupe de pays
volontaires qui décident d’avancer plus vite à quelques uns,
notamment dans les domaines de la politique économique et
sociale et de la politique étrangère, favorisant des formes
d’intégration de type fédéral. Pour cela, nous avons
besoin d’une Europe politique. C’est pourquoi le débat sur
la Constitution européenne est décisif.
1. Depuis de longues années, les socialistes militent pour
une Constitution, regroupant les traités actuels, les
simplifiant et intégrant en son sein la Charte des droits
fondamentaux. Le processus issu de la Convention
consacre enfin cet objectif.
De même, l’extension du vote à la majorité qualifiée et
de la co-décision, associant le Parlement européen à 40
nouveaux domaines et renforçant ses pouvoirs budgétaires,
est une réelle avancée politique. L’élection du Président
de la Commission européenne par le Parlement européen en
tenant compte du résultat des élections européennes est
aussi un progrès démocratique.
En outre, un pas nouveau est fait en matière de politique
étrangère et de sécurité commune avec la création d’un
ministre des Affaires étrangères de l’Union, et des
possibilités de coopération en matière de défense,
l’harmonisation des politiques d'asile et d'immigration est
engagée en vue de constituer un espace commun
"de liberté, de sécurité et de justice".
Ces premiers résultats sont le fruit d’un long débat dans
lequel les socialistes, français et européens, ont pris
toute leur part. Le texte de la Convention marque donc
des avancées par rapport aux institutions actuelles, et
notamment au traité de Nice. Il constitue un point de départ
pour les travaux de la CIG.
Il reste toutefois marqué par des limites, des manques
importants et le maintien des règles d’unanimité dans des
domaines décisifs pour l’avenir de l’Union.
L’obstruction conjuguée des gouvernements les moins
européens et les plus libéraux a freiné tout progrès
substantiel en matière de gouvernance économique et d’Europe
sociale. Elle a réduit la portée du saut politique vers le
fédéralisme que nous voulons accomplir. Les négociations qui
vont s’ouvrir au sein de la CIG doivent être utiles pour
l’Europe.
Les socialistes n’accepteront aucun recul sur les
éléments acquis à la Convention et souhaitent que la CIG
permette des progrès supplémentaires. C’est pourquoi,
ils formulent des exigences pour que la grande Europe ne
soit pas paralysée, que son modèle social soit protégé,
qu’elle puisse peser sur la scène mondiale et poursuivre son
approfondissement. Ces exigences s’adressent d’abord au
Président de la République et à son gouvernement qui
représenteront la France à la CIG.
2. Les sept exigences des socialistes pour une
Constitution démocratique et sociale :
Nous demandons de nouvelles avancées vers l’Europe
économique, sociale et culturelle.
¸ Une base juridique claire pour la protection et le
développement des services publics doit être posée ; ces
principes devront ensuite être précisés dans une future
loi-cadre sur les Services publics ;
¸ Des mesures d’harmonisation de la fiscalité, de
transparence, de taxation des mouvements de capitaux et de
lutte contre l’évasion fiscale doivent pouvoir être adoptées
à la majorité qualifiée. Ce doit être aussi le cas en
matière sociale, si nous voulons que l’Europe soit un
espace de progrès économique et social plus performant et
plus juste. Les critères de l’emploi et de la croissance
doivent être introduits pour guider les interventions de la
Commission et de la Banque Centrale Européenne. L’Europe
doit être dotée d’un gouvernement économique, disposant
d’un budget suffisant et d’un impôt, pouvant recourir à
l’emprunt pour financer des grands travaux d’intérêt
européen, la recherche, l’innovation, et garantir la
cohésion sociale et territoriale ;
¸ La majorité qualifiée doit aussi devenir la règle pour
la politique extérieure et de sécurité commune, l’unanimité
étant l’exception ; c’est souhaitable pour donner de la
force à l’action du futur ministre des affaires étrangères
de l’Union, et permettre à l’Europe de peser sur la scène
internationale ;
¸ La diversité culturelle doit être garantie ;
l’exception culturelle doit être confirmée ;
Nous souhaitons que la Constitution renforce les valeurs
de la démocratie européenne et qu’elle permette l’évolution
des institutions.
¸ Le caractère laïque de la construction européenne est
un principe à nos yeux fondateur ; la Constitution
européenne ne doit pas faire référence à un Dieu ou à un
héritage cultuel ;
¸ Les mécanismes de coopération renforcée entre les États
membres doivent être assouplis, afin de permettre à un
groupe de pays volontaires de se constituer ;
¸ Les révisions futures de la Constitution doivent
pouvoir être adoptées, si possible par référendum européen
organisé le même jour dans toute l’Union, à la majorité
qualifiée de la population et des États ; c’est
nécessaire, si nous voulons éviter que la future
Constitution ne soit la règle définitive et intangible de
l’Europe, et si nous entendons qu’elle soit, au contraire,
une étape qui en appelle d’autres et permette de nouvelles
évolutions.
Les socialistes français seront vigilants, exigeants et
mobilisés autour de ces objectifs. Ils prendront des
initiatives afin de les faire partager au sein du Parti
socialiste européen. Ils s’adresseront aux citoyens et
engageront le débat avec les forces sociales qui partagent
ces préoccupations. C’est en fonction des résultats de la
CIG que les socialistes, consultés par référendum interne,
se prononceront sur la Constitution européenne.
Le Parti socialiste demande la ratification, le moment venu,
de la Constitution par référendum. L’Europe ne peut se
faire sans, ou contre, la volonté des citoyens. L’expression
de celle-ci est la meilleure garantie des progrès futurs de
la construction européenne.
Haut de page |